
(…) Il m’aura fallu dix ans, un accident de moto et un bassin fracturé pour terminer ce livre souvent recommencé, toujours inachevé. Dix ans, c’est long. Que reste-t-il de tout cela ? De la souffrance est né le rêve. Le rêve a enfanté d’un nouveau moi, il a donné naissance à l’homme que je suis désormais. L’Afrique m’a avalé comme un boa avale sa proie. Elle a commencé par me gober, puis m’a digéré tout au long de ces mois de voyage. Ce n’était pas vraiment douloureux. Enfin si, parfois, un peu quand même, mais le plus souvent, c’était chaud, humide, sensuel, presque voluptueux. Après cela, elle m’a rejeté. Mais à l’instar des graines de café chiées par le Luwak, ce petit animal d’Indonésie, j’en suis ressorti meilleur. Enfin, je crois. « Afrique, mon Afrique » . Je ne suis pas noir, je ne suis pas nègre, je suis blanc de peau comme le disait Nougaro, mais Africain je le suis devenu par le coeur, par ma sueur, par mes larmes, par mes joies durant cette pérégrination essentielle. En devenant Africain, je suis devenu adulte. (…)
Préface d’Élisabeth Carrier

